Mon intérêt pour le lac Akan est né après avoir lu l’article de Joranne sur les marimo, dont je vous recommande chaudement la lecture, celle-ci mariant avec brio BD, informations et humour. Pour un condensé, ce sont des algues filamenteuses qui se groupent pour former des petites boules ressemblant à de la mousse. On en trouve des colonies spécifiquement au lac Akan et dans quelques lacs irlandais, même si la plante s’est un peu propagée dans d’autres étendues d’eau. Elles sont aujourd’hui considérées comme un ‘trésor national’ japonais. Alors on peut en acheter dans les boutiques d’aquariophilie de nos jours mais moi je voulais le marimo authentique, celui du lac Akan.

Le lac Akan est situé très au nord de Kushiro, ce qui a posé un problème d’accessibilité. En effet, mes meilleures options consistaient à partir à 9h de mon Airbnb pour prendre le bus puis de prendre une correspondance à l’aéroport qui me ferait arriver à 11h12 sur place. Et pour le retour c’est pas grandement mieux, puisqu’au plus tard je devais quitter les lieux à 16h pour arriver chez moi à 17h30. Donc déjà on part sur une fenêtre de temps réduite de 11h à 16h. Et l’aller coûte 2500y, comme le retour pour un total de environ 40€.
Du coup j’ai été content quand, en attendant à l’aéroport, j’ai pu lire que le musée dédié aux marimo est fermé en hiver, n’étant accessible que par bateau… Et que l’écomusée local, mon plan de repli, est fermé les mardis… Et qu’on est mardi évidemment hein (je vous ai dit que j’ai beaucoup de chance?). Après fort heureusement, il n’y a pas que ça à voir dans les parages mais ça commence bien.
Arrivé sur place, j’ai ensuite eu le plaisir de constater que mon appareil photo s’était activé dans mon sac, brûlant un tiers de sa batterie, la même batterie que je ne peux pas recharger tant que je n’avais pas récupéré mon sac à dos. Joie.
La randonnée forestière
J’ai décidé de commencer par une randonnée en forêt aux bords du lac. Celle-ci possède plusieurs tracés, partant de la côte, de l’écomusée ou encore d’un sanctuaire. J’ai donc choisi de prendre celui qui part du sanctuaire shinto local dédié à la déesse de l’agriculture Inari qui me fait faire la boucle la plus large.

Si il n’y a qu’une photo de la montée vers le sanctuaire, c’est parce que le sanctuaire lui-même était peu intéressant avec un autel shinto avec juste une ouverture pour mettre de l’argent pour faire une prière. Mais bon, je commence donc la randonnée et c’est assez aventureux dira-t-on. En effet, il n’y a pas vraiment de sentier, juste une piste de neige tassée par les pas des gens qui m’ont précédé. En gros, tu sais que tu es sur la route si ton pied ne s’enfonce pas de 10cm dans la neige.



Finissant par rejoindre le lac, j’ai pu profiter des sons de la nature, entendant des chants d’oiseau et le son de quelques pics qui frappaient les troncs sans parvenir à les voir. C’est là que j’ai fait quelques rencontres avec les cerfs sika yezo, la variété endémique d’Hokkaido. Je n’ai pas de photos de la première puisque je les ai aperçus quand eux m’ont détecté et ont décampé à toute vitesse. Du coup j’étais un peu penaud, les écoutant crier à distance sûrement pour dire qu’il y a un humain pas doué dans les parages. Mais à peu près 50 mètres plus loin, un de leurs compères plus calme m’offre quelques photos sympas pendant qu’il fouille la neige à la recherche de nourriture.

Et mon moment princesse Disney ne s’arrête pas là puisque, reprenant ma route, j’entends un bruit rapide et répété. Je pense d’abord à un pic mais à peine je passe la tête derrière un arbre, que j’aperçois un écureuil japonais perché sur une branche à hauteur de ma tête. Il se méfie un peu, prenant un tout petit peu d’altitude mais pas tant que ça, ce qui me permet de prendre ces photos. Et juste à côté, je vois enfin un oiseau, une sittelle torchepot (merci Google Lens pour l’identification), qui s’amuse à défier la gravité en se baladant sur un tronc tête la première à la recherche de nourriture.


Je finis donc par atteindre l’attraction de cette randonnée ou plutôt d’abord la barrière qui indique que j’étais sur un sentier interdit puisque fermé en hiver. Petit moment gênant somme toute, mais je n’ai pas vu de panneau à mon départ du sanctuaire (ou alors c’était écrit en japonais sur un écriteau et j’ai pas remarqué).
Bref, l’obstacle contourné, l’attraction locale, c’est le bokke. Venant de l’ainu ‘pofuke’ (faire des bulles), le mot veut dire ‘volcan de boue’. Et ça porte bien son nom puisque c’est de la boue qui est extraite des profondeurs de la terre à cause des gaz volcaniques et chauffée à plus de 100°, créant des petites zones de chaleur où la neige ne tient pas. C’est une vision assez originale, même si ça ressemble juste à des mares de boue qui font des bulles et génèrent des vapeurs de sulfure d’hydrogène à la bonne odeur d’œuf pourri (un plaisir quand le vent t’envoie la vapeur à la tronche).

Akan Onsen et son kotan ainu
La marche se termine tranquillement après une heure et je finis par revenir sur la ville elle-même, la traversant assez rapidement. En effet, c’est basiquement une rue marchande avec pas mal de boutiques souvenir et d’artisanat ainu, majoritairement dédiées au travail du bois. Sur ma route, j’ai aussi trouvé un ashiyu, un bain de pieds qui permet d’apprécier l’eau thermale sans avoir à payer une source chaude. J’en aurais bien profité mais ma serviette est restée dans un certain bagage bloqué dans un transit aéropostal et l’idée d’avoir les pieds mouillés pour le reste de la journée ne m’enchantait pas. Je dois cela dit pointer que c’est un des plus beaux ashiyu que j’ai vu. D’habitude, c’est juste un bassin entouré de bancs pour s’asseoir alors que là il y a une table pour vaquer à ses occupations et une belle fontaine au milieu en forme de marimo. En plus en cette période hivernale, il y avait du givre sur les poutres qui dégelait sporadiquement avec les vapeurs chaudes, donnant l’impression d’une fine neige sous le toit.


En continuant ma route, je suis aussi tombé sur une petite place adorable où les chats errants locaux venaient se réchauffer sur les plaques d’égout chauffées par l’eau thermale qui circule en dessous.



Finalement, j’arrive au kotan ainu. C’est vrai que j’ai déjà beaucoup dit ce mot, ainu alors expliquons-le. Ainu, c’est un mot signifiant ‘humain’ dans la langue ainu tandis que kotan signifie ‘village’. Et les ainu du coup, c’est le peuple chasseur-cueilleur qui vivait sur l’île d’Hokkaido mais aussi sur l’île Sakhaline (Russie) et quelques îles à l’est. Et quand les Japonais ont investi l’île au XVIième siècle, disons qu’ils ont fait ce que tout envahisseur en situation de puissance fait. La culture ainu a donc subi une assimilation de force et ce n’est que depuis 1997 que des lois voient le jour pour en assurer la préservation ou plutôt la préservation de ce qu’il en reste hélas.
Et du coup ce kotan ainu a été un peu une déception. Le ‘village’, c’est en fait une place avec un fond sonore de chansons ainu et une vingtaine de restaurants et de boutiques souvenirs comme la rue marchande d’avant quoi. Et y’en a pas la moitié ouverte en prime. Il y a bien un musée… Fermé en hiver (évidemment). Bon y’a aussi le théâtre ainu Ikor, où il est possible d’assister à des représentations de danses traditionnelles, avec des spectacles de 15 minutes à 15h, 20h et 21h. L’idée me vient de voir la représentation de 15h mais arrivé devant… Bah la première représentation du jour c’est 20h (et le bus se barre à 16 au rappel) donc reflop.


Mais tout n’est pas noir puisque du coup j’ai pu me rabattre sur un restaurant ainu, Poronno. Sur place, j’ai donc pu goûter au yuk-don, un bol de riz avec de la venaison marinée (l’une des principales viandes consommées par les ainu, l’autre étant le saumon) et du kitopiro (appelé ail victorial dans nos régions). Pour accompagner, j’ai pris un pocche-imo, un plat traditionnel composé d’une pomme de terre fermentée récupérée sous la neige hivernale. La venaison avait un goût assez fort proche du foie tandis que le pocche-imo m’a rappelé du pain (croquant à l’extérieur et mou à l’intérieur avec un goût de sucré). J’avais aussi une boisson à base de haskap, une baie locale. Dans l’ensemble, ça a été une excellente expérience gustative. Je m’en suis tiré avec 2200 yens le repas soit 15,60€.



De façon générale pour en apprendre plus sur la culture ainu, je vous recommande l’anime/manga Golden Kamuy. Je ne suis pas un grand fan de l’humour de l’auteur personnellement mais par contre, la série fait un super boulot en tant que documentaire sur la culture ainu et guide de voyage sur Hokkaido. Le manga a récemment fini avec 31 tomes et l’anime est dans sa quatrième saison au moment de la rédaction de cet article.
Les onsens locaux
Le temps défile et il est déjà 14h30 quand je commence à chercher un établissement de onsen, des sources chaudes locales. Après tout, la ville s’appelle Akanko Onsen, c’est donc une station thermale. Le problème, c’est que je n’ai pas vu d’établissement de bains à proprement parler. D’ordinaire, les sources sont dans des établissements dédié avec un ashiyu à proximité pour tester l’eau… Mais là à part un ashiyu isolé, il semblerait que les sources soient dans les hôtels. Ma première idée a été d’aller au Tsuruga, le principal hôtel recommandé localement. Le blem, c’est qu’à 400€ la nuit et en voyant deux employés qui me fusillaient du regard à travers la vitre, je n’ai pas eu le courage de rentrer comme dans un moulin là-dedans juste pour demander ‘wesh je peux prendre un bain svp ?’. J’imagine en rétrospective qu’ils voulaient juste me diriger pour prendre le bain mais je suis du genre socialement anxieux en présence d’inconnus et avec en prime la barrière linguistique avec laquelle je ne m’étais pas refamiliarisé assez à ce stade, mon cerveau a paniqué et je me suis éloigné.


Pas grave, j’avais repéré une pancarte pour des onsens dans un des hôtels un peu plus loin. L’hôtel ayant moins de standing, je n’ai vu personne au comptoir et j’ai donc suivi les directions jusqu’au bain avant de réaliser… Que je n’ai pas vu où payer. Donc je suis retourné au comptoir, préférant éviter les ennuis où un coup de sonnette a appelé un employé (si ça se trouve j’ai failli réussir à me baigner gratuitement). L’accès au bain m’a coûté 800 yens, + 200 yens pour un jeu de serviettes. Le bain en lui-même était assez simple, avec un bassin à 40° et un à 42°. Les photos étant interdites, je ne pourrais pas vous partager le glorieux distributeur d’eau appelé poétiquement ‘double cock keeper’. L’anglais japonais regorge de petites pépites comme ça mais celle-là était superbe.
Finalement après tout ceci, je suis allé faire un peu de shopping pour récupérer des souvenirs. J’ai donc obtenu une porte-clé de Marimokkori, la glorieuse mascotte du lac qui transperce Hokkaido de son… M’enfin voilà quoi (allez lire l’article de Joranne), un porte-monnaie avec un motif ainu et surtout… Des glorieuses marimo. Les prix varient entre 500y et 2000y dans les boutiques souvenirs pour ces adorables boules vertes. Le total de mes achats m’a coûté 2000y.

Une ultime halte que j’aurais bien aimé faire était Kamuy Lumina, des illuminations nocturnes dans les bois bordant le lac sur le thème de la culture ainu. Manque de bol, bah c’est nocturne, démarrant 30 minutes après le coucher du soleil, et je me devais quitter les lieux encore une fois à 16h. Et le coucher du soleil était… A 16h justement. Une fois de plus je me suis fait avoir par le créneau horaire restrictif imposé par les bus. A noter que c’est payant, à hauteur de 3000y pour un adulte mine de rien.
En conclusion
Bilan final, cette première journée était assez mitigée dira-t-on. La randonnée était géniale, le cadre superbe mais clairement la portion culture ainu était très décevante. Pour les marimo, je me dis que bon, ce sont des algues sphériques, une fois que tu en as vu une, tu as un peu tout vu donc pas si grave d’avoir loupé les musées. Par rapport au temps, de 11h à 16h, je n’ai pas eu l’impression d’être dans le rush mais c’aurait sûrement été différent si j’avais pu visiter les musées locaux.
Ma recommandation serait de faire un tour au lac Akan plutôt en été (ce qui assure l’ouverture des sentiers de rando, des musées marimo et ainu), tout en réservant une nuit dans un des hôtels locaux (pour pouvoir assister au spectacle de danse ainu et à Kamuy Lumina). Ceux sur Booking étaient méga chers mais sur place, j’ai trouvé des hôtels cheap juste à côté du terminal de bus à 3500-4000y la nuit, des tarifs nettement plus raisonnables somme toute.