Je n’étais pas venu à Akita pour aller à Akita. Et encore heureux vu que la ville elle-même est une ville moderne tout ce qu’il y a de plus classique, un genre de Tokyo à échelle miniature (et du coup autant aller à Tokyo quoi). En dehors d’un festival estival, la plupart des sites de tourisme ne semblaient rien indiquer de très marquant.

La principale raison de mon séjour, c’était les festivals des neiges locaux. Et ça a commencé dès le lendemain de mon arrivée avec le festival namahage de Sedo sur la péninsule d’Oga. Les namahage sont des yokais originaires des montagnes locales. Malgré leurs apparences démoniaques, ils sont considérés comme des divinités mineures vénérées. Ces derniers descendent en ville au Nouvel An pour terroriser les enfants pas sages, dans un rôle similaire à notre père Fouettard. Le festival lui-même rend hommage à cette tradition mais en février pour le coup, célébrant également le début du printemps.
Pour en savoir plus sur les namahage eux-même, je vous redirige vers mon article sur les origines folkloriques du Goss Harag de Monster Hunter Rise.

Sedolite
L’accueil en garde d’Oga est assez direct puisqu’on trouve un duo de namahage dès la sortie. Ces derniers prennent des photos avec notamment les enfants assez courageux pour les approcher mais aussi les grands enfants.



On trouve également sur place des tentes où se trouvent diverses animations et des petits stands de nourriture. Personnellement je me suis laissé tenter à la loterie et un gachapon. Le gachapon à seulement 100y était plutôt généreux, offrant deux bonbons et surtout un pins. Bon la qualité des bonbons était prévisible mais le pins est sympa, surtout que ça coûte 3 à 4 fois plus cher habituellement. Pour la loterie, j’ai pu repartir avec un clear file simpliste mais joli.

Il a fallu ensuite atteindre le lieu du festival. En effet, le principal défaut de la péninsule d’Oga, c’est son accessibilité. Il n’y a aucune ligne de train, pas même un bus. La seule option en temps normal est une navette taxi à commander en ligne (et oui, exclusivement en japonais sinon c’est pas drôle). Fort heureusement pour le festival, des bus sont exceptionnellement mis à disposition pour faire l’aller-retour.
Le musée namahage
Payant en temps normal mais gratuit les soirs du festival de Sedo, le musée local permet d’en apprendre plus sur la tradition du namahage et ses origines. Et si vous êtes un vilain sadique comme moi, vous pourrez vous éclater en matant le documentaire projeté peu après l’entrée. Si ce dernier est entièrement en japonais, les images sont assez claires quand vous voyez des enfants hurler en se cramponnant à leurs parents ou aux piliers de la maisonnée alors qu’un grand démon à la voix lourde tente de les kidnapper en raison de leurs mauvaises actions. De délicieux traumas à venir pour ces petites têtes blondes mais de bonnes tranches de rire pour moi (mention spéciale à celui qui avait une poker face impassible quand il luttait de toutes ses forces pour pas se faire enlever).

Outre les explications poussées sur les origines du mythe ou encore la composition du déguisement, la visite se clôt dans un grand hall très impressionnant affichant des costumes issus des 4 coins de la péninsule.





Autre point fort, des terminaux électroniques sont disponibles pour pouvoir apprécier les explications en anglais.

La visite du musée se termine dans une petite hutte située à côté où une petite pièce de théâtre reproduit une visite de namahage. Si hélas ils n’ont pas un enfant sous la main à traumatiser toute l’année (gros point noir clairement), c’est un vieux monsieur qui joue le rôle de père de famille. Les namahage arrivent, tapant dans un premier temps sur les cloisons de la petite cabane avant de passer la porte en tapant des pieds et en faisant gronder leurs voix profondes. Ils savourent un petit repas servi par la maison, s’enivrant de saké, avant de détailler l’année passée des enfants de la famille. De ce que j’ai pu comprendre, un jeune passe visiblement trop de temps sur ses jeux vidéo et pas assez sur ses devoirs.



Après cela, ils font un petit tour dans l’audience pour voir si ils ne trouvent pas quelques pêcheurs à punir. Et ils trouvent… Une jeune femme arrêtée pour ‘délit de faciès’ dira-t-on. Et alors qu’ils tentent de l’enlever, le père de famille les interrompt et les dirige poliment vers la sortie, les remerciant pour leur passage (et brisant sûrement un cœur au passage). A la fin de la représentation, les gens en profitent pour ramasser un peu de la paille tombée des costumes des namahage. En effet, celle-ci est sensée porter bonheur.



Le festival
La visite terminée, j’ai pu me diriger vers le festival, situé dans le temple local au bout d’une petite route de montagne. Après avoir payé les frais d’entrée à 1000y, les entrées étant sur réservation et régulées à cause du contexte sanitaire Covid, j’ai pu recevoir un pass en forme de couteau en bois, ce qui fait un petit souvenir sympathique.





Le rituel est tenu sur une petite place proche du temple avec en son centre un gigantesque feu de joie. Qui faisait plus de fumée que de flammes hélas au début, la faute à une légère pluie de neige fondue qui glaçait les participants à l’os, moi y compris. Pour se réchauffer, il était fort heureusement possible de déguster un petit repas pour environ 1000y.


Et plus le temps passait et plus un des problèmes classiques des festivals japonais commençait à se faire sentir : il y a du monde. BEAUCOUP de monde. Ici c’est un problème assez gênant à cause de l’espace restreint et du fait que les différentes animations du festival sont tenues à différents endroits de la place. La première étape était ainsi une danse shinto visant à bannir le mauvais temps (plutôt approprié pour le coup). C’était sûrement très joli mais je n’ai pu l’admirer que derrière l’autel ou alors sur un large écran en diagonale dégueulasse.


Ce placement peu avantageux était une idée stratégique de ma part pour être en position avant le début de la seconde étape, un rituel où un prêtre purifiait de jeunes hommes puis leur remettait les masques de namahage pour qu’ils puissent incarner le yokai. Je m’étais donc bien positionné pour avoir une bonne vue sur la place au pied des escaliers. Sauf qu’ils ont fait le rituel dans les escaliers et surtout derrière un énorme sapin. Et là encore la foule était ultra compacte donc pas possible de se repositionner. J’ai toujours autant de chance quoi et j’aurais du prendre de la paille de namahage tiens…






Encore avec des déplacements un peu anticipés, j’ai enfin réussi à bien me placer pour l’étape suivante, qui était une reproduction de la visite des namahage comme dans la hutte du musée. Cette fois-ci, c’était un couple qui recevait le bilan de l’année, sous la supervision du monsieur du musée. Là encore, les namahage font leur entrée avec leur pas lourd et leurs voix grondantes et c’est la femme du couple qui leur sert le saké. A ce moment je me disais que dieu mineur c’est pas dégueu comme situation : tu rentres chez les gens, tu manges, tu trinques et le tout en donnant des leçons aux gens et en leur faisant des reproches. Après y’a pas de bonne ou de mauvaise situation mais pour eux, la vie, ce sont d’abord des rencontres sympas. Bref, toujours aussi entreprenant, un des namahage tente de kidnapper la madame mais là encore le vieux monsieur du musée les interrompt. Déçu, le cœur brisé mais la panse repue, les namahage quittent encore une fois la scène.



A ce moment, la météo commençait enfin à un peu s’améliorer. La danse shinto avait été efficace apparemment et deux namahage purent justement faire un numéro de danse devant le feu de joie qui pouvait enfin réchauffer l’atmosphère.


Leur danse terminée, c’est sur la scène de la visite que des taikos, des tambours traditionnels, avaient été érigés. Et c’est évidemment un concert de taiko qui eut lieu, mené tambours battants (héhé) par les démons montagnards. Clairement un des moments les plus cools de la soirée, le maniérisme théâtral et violent des créatures se mariant à perfection avec les sons des percussions.
Ultime étape, le rituel où les namahage descendent une dernière fois de leurs montagnes pour se mêler parmi les humains avant de disparaitre jusqu’au prochain Nouvel An, symbole du printemps qui arrive. Portant de grandes torches en bambou, ils passent sur la place où ils font quelques tours au milieu de la foule, escortés d’un personnel de sécurité. Là encore ils jouent avec les gens et surtout les enfants, topant des mains ou terrorisant les plus jeunes. Et cette fois, j’ai pris soin de prendre de la paille après leur passage.







La descente se termine par une offrande du temple local. Un prêtre apporte donc le goma-mochi, un gâteau de riz cuit sur le feu de joie de la place. Mais ce dernier est encore chaud et les namahage se brûlent les mains à tenter d’attraper la précieuse collation. Eventuellement, l’un d’entre eux parvient à s’en emparer et ils repartent dans les montagnes.


Mais pas trop vite vu que quelques namahage issus des 4 coins de la préfecture viennent encore un peu festoyer au sein de la foule, permettant d’admirer leurs costumes de près et de prendre des photos souvenir (et de traumatiser encore un peu les enfants).

Après quoi, j’ai pu prendre le bus jusqu’à la gare d’Oga. J’avais oublié que c’était un festival japonais pour le coup et j’ai donc pu admirer un superbe feu d’artifice pour finaliser les festivités, tranquillement posé sur la place de la gare…


En conclusion
Sans grande surprise, j’ai trouvé le festival génial. La visite du musée était plutôt intéressante (et amusante pour le documentaire avec les enfants) tandis que le festival avait une ambiance bien particulière. J’avais peur sur la question de l’accessibilité mais la navette a résolu le problème direct. Le seul reproche comme expliqué avant, c’était la foule massive sur un endroit limité qui m’a un peu empêcher d’apprécier le début des cérémonies et m’a obligé à anticiper tous mes déplacements pour devancer la populace.