Hakodate

Hakodate est la principale grande ville au sud d’Hokkaido. C’était la principale raison pour laquelle j’y ai fait une halte mais c’est sans compter sur le fait qu’il s’agisse d’une ville à l’histoire particulièrement riche. Si la carte respecte toujours la chronologie de mes trajets, l’article sera moins fidèle.

  1. Hakodate et la restauration Meiji
  2. Le Goryokaku et Hijikata-kun
  3. Le Mont Hakodate et le quartier occidental
  4. Le retour d’Hatsune Miku
  5. Le marché aux poissons et Lucky Pierrot
  6. En conclusion

Hakodate et la restauration Meiji

Si l’histoire d’Hakodate commence dans les années 1400, elle prend de l’importance en 1854 en devenant un des 2 ports ouverts aux étrangers après la convention de Kanagawa. C’est en effet à cette époque que le Commodore Matthew Perry débarque dans la baie d’Edo, l’ancienne Tokyo, et demande que les Japonais mettent fin à leur politique d’isolationnisme, le Sakoku. Il arrive une première fois en 1853 où on lui dit qu’on étudiera sa demande. Du coup il revient une seconde fois l’année suivante avec une armada de dix navires de guerre, les fameux Kurofune (navires noirs), et fait gentiment comprendre ce que ferait un boulet incendiaire dans une ville composée principalement en bois et en papier. On l’accueille donc ‘à bras ouverts’, on lui sert le thé et on signe la convention de Kanagawa qui met fin au Sakoku. La convention est un traité inégal qui permet aux navires américains d’accoster à Shimoda et Hakodate et ouvrira la voie aux autres puissances occidentales pour des accords similaires.

La convention de Kanagawa est en tout cas une gigantesque claque dans le pouvoir du shogun Tokugawa qui était alors le gérant du pouvoir au Japon, reléguant l’empereur à une figure symbolique. Sa puissance est mise à mal et en 1867, le 15ième shogun abdique volontairement sans successeur. L’empereur est réinstauré et reprend son rôle à la tête du pays. Il fait transférer le siège du pouvoir impérial de Kyoto à Edo qui devient alors Tokyo.

C’est le début d’une grande révolution au Japon, faisant entrer le pays dans l’ère industrielle et mettant fin à la caste des samouraïs. Le pays se modernise rapidement de sorte à ne pas être soumis aux puissances occidentales et ne pas avoir à resubir l’humiliation d’un traité inégal. Il devient lui-même une puissance coloniale et fait ses débuts conquérants à Ezo, l’ancien nom d’Hokkaido, l’île du nord. Hakodate devient donc la porte d’entrée pour la colonisation du grand Nord et perd son statut de capitale d’Ezo, ce statut étant transféré à Sapporo, une ville créée plus au Nord sur un terrain mieux défendable contre les étrangers. Et si les relations entre japonais et ainu n’étaient pas parfaites déjà à cette époque, c’est à ce moment-là que le gouvernement décide d’effacer l’existence des ainus du Japon. Par la suite, le Japon cherche à acquérir des colonies et entreprend donc ironiquement de faire subir des traités inégaux à ses voisins comme la Corée mais ceci est une autre histoire.

Outre son statut d’un des premiers ports ouverts à l’Occident et porte d’entrée d’Hokkaido, Hakodate voit la fin de la restauration puisque c’est là-bas que se termine la guerre de Boshin. En effet, si le shogun a abdiqué de lui-même, certains de ses partisans n’ont pas approuvé et ont lutté pour le réinstaurer. C’est une guerre perdante pour les partisans du shogun qui se font repousser jusqu’à l’île d’Ezo. Ils tentent alors de négocier pour faire de l’île du nord la République indépendant d’Ezo en mettant le shogun en tant que vassal de l’empereur mais sans succès. La guerre se terminera donc au Goryokaku, un fort à l’européenne situé à Hakodate.

Le Goryokaku et Hijikata-kun

Le Goryokaku a été construit en 1866 à l’intérieur des terres d’Hakodate. C’est un fort construit à l’européenne en forme d’étoile à 5 branches. Il abritait le bureau des magistrats à l’époque, le siège du gouvernement local, et sa position a été choisie loin de la mer pour le mettre à l’abri des attaques des navires étrangers qui débarquaient désormais dans le port d’Hakodate. C’est aussi ce qui en a fait une position de choix pour la courte vie du gouvernement de la République indépendante d’Ezo.

Aujourd’hui, le Goryokaku est un parc peuplé de cerisiers qui pour le coup doit être assez magnifique au printemps. Il dispose aussi d’une tour observatoire pour admirer la structure de l’ancien fort de haut et la ville tout autour.

Le Goryokaku a aussi une mascotte, Hijikata-kun, basé sur un personnage un peu moins mignon. Vous croyez que la leçon d’histoire était finie ? Eh bien parlons de Toshizo Hijikata et du Shinsengumi.

Fils de paysan, Hijikata décida de suivre la voie de l’épée malgré le fait qu’il ne soit pas samouraï. Et avec l’arrivée de Perry dans la baie de Tokyo, un mouvement pour le retour de l’empereur et l’expulsion des étrangers, le Sonno joi, commence à se faire entendre. Pour limiter son influence, le shogun recrute des ronins, des samouraïs sans maître comme Hijikata, pour éviter que ceux-ci ne se rallient au mouvement et avoir une ligne de défense. Ils forment d’abord le Roshigumi pour défendre l’empereur puis le Shinsengumi pour patrouiller les rues de Kyoto et faire la loi. Et ils sont vite craints et respectés, identifiés à leur haori bleu avec le kanji makoto (sincérité) sur le dos et bénéficiant aux yeux de la loi d’un permis de tuer.

Le premier commandement du Shinsengumi est assuré par Kondo Isami et Serizawa Kamo… Mais des tensions émergent rapidement à cause de Serizawa qui est un chien fou ivre de pouvoir. Il va dans un bar, provoque une bagarre avec un sumo et bilan des courses, on retrouve 10 sumos morts et les autres gravement blessés dans l’établissement et son groupe quasi intact. Il fait un rassemblement pour picoler dans un autre bar et ravage l’établissement. Il s’amuse à tester un canon dans une boutique de soie qui a refusé de se faire racketter… La liste est longue et les actes de Serizawa entachent la réputation de l’organisation. A cette époque, on les appelle carrément les « loups de Mibu » (la ville au sud de Kyoto où ils étaient stationnés) et ils sont craints même de la population civile.

Le karma faisant son œuvre, Serizawa connait sa fin dans une ruelle, assassiné. Les coupables sont inconnus mais la théorie la plus populaire serait que ses propres frères d’armes aient choisi de s’en débarrasser. Après cela, Kondo Isami prend la direction avec pour vice-commandant Hijikata Toshizo. Et ça ne s’arrête pas là puisque Hijikata créé alors le code du Shinsengumi, un règlement particulièrement sévère dont environ toutes les lignes se terminent par ‘tu te feras seppuku’ (le suicide rituel des samouraïs). On pense que ce règlement a été conçu pour éviter les situations comme celles de Serizawa et faire du filtrage (en même temps quand on te dit à l’entretien d’embauche qu’enfreindre une règle est punie de mort, ça refroidit un peu les opportunistes). Et ce règlement a été appliqué à la lettre. Ainsi, une stèle érigée en 1876 indique 39 morts en combat… Et 71 par accident/maladie/seppuku ou exécution. Ce code ultra sévère lui vaudra le surnom de « vice-commandant démoniaque ».

L’un des épisodes les plus intéressants de l’histoire du Shinsengumi est l’affaire Ikedaya. En enquêtant dans les rues de Kyoto, les membres de la brigade entendirent des rumeurs d’un potentiel coup d’état. Un partisan sonno joi fut arrêté et, après un interrogatoire musclé par Hijikata en personne (comprendre avec torture ce qui n’a pas aidé sa réputation de démon), une nouvelle assez sinistre tombe: un coup d’état est effectivement en préparation, projetant de brûler Kyoto tout entière, de tuer le représentant du pouvoir shogunal et de kidnapper l’empereur. Deux équipes, menés par Kondo et Hijikata respectivement, se chargent aussitôt de fouiller toutes les auberges de la ville. Le groupe de Kondo découvre trente partisans sonno joi à l’auberge Ikedaya (d’où le nom de l’affaire) et le combat éclate. Le groupe d’Hijikata les rejoint en renfort et Hijikata… Garde la rue. Non pas pour empêcher des fuyards mais pour retenir les forces shogunales officielles pour éviter qu’elles ne leur volent la gloire. Après 2h d’affontements, 7 partisans sont tués et 23 autres sont fait prisonniers contre seulement un mort dans les rangs du Shinsengumi. Cet événement a redoré le blason du Shinsengumi qui vit un large afflux de nouveaux membres et sa réputation en partie restaurée auprès du peuple. Leurs quartiers à Mibu ne suffisaient plus et ils s’installèrent au Nishi Honganji, un temple de Kyoto, et ce malgré les protestations des prêtres.

Le Shinsengumi est évidemment pro-shogun et quand ce dernier abdique, ils rejoignent la guerre de Boshin pour le réinstaurer. Mais comme expliqué avant, c’est une guerre perdante. Kondo Isami est capturé et exécuté, le seppuku lui étant refusé car il n’était pas officiellement un samouraï. Le reste des forces bat en retraite jusqu’à Hokkaido et c’est au dernier bastion, le Goryokaku, qu’Hijikata mène une charge de cavalerie et finit abattu par les fusils impériaux, marquant la fin définitive du Shinsengumi.

Aujourd’hui, deux statues rendent hommage à un des derniers samouraïs à l’observatoire du Goryokaku. Celle au pied de la tour est décorée avec des bambous provenant de son village natal.

Il est également possible de visiter le bureau des magistrats pour 500y mais je n’ai pas trouvé ça spécialement intéressant à part si vous voulez admirer l’architecture d’un bâtiment à la japonaise.

Le Mont Hakodate et le quartier occidental

Après mon exploration du Goryokaku, je suis descendu jusqu’au mont Hakodate situé tout au sud. C’est au pied du mont Hakodate qu’on trouve le quartier occidental, conçu pour accueillir les étrangers à l’époque. Par conséquent, l’architecture rappelle par endroits le style européen et il est possible d’y voir de nombreuses églises, catholiques comme orthodoxes.

Un des bâtiments les plus notables est l’ancien hall public d’Hakodate. Il sert à accueillir la famille impériale pendant leurs visites à Hakodate.

Il y a une randonnée jusqu’au sommet du mont que je n’ai pas tenté (habitué à ce stade à ce que ce soit condamné en hiver de toute manière) mais également un téléphérique à 1500y l’aller-retour. Une des attractions d’Hakodate est de monter au sommet du mont pour admirer la vue nocturne sur Hakodate qui est située sur une bande de terre.

Le retour d’Hatsune Miku

C’est aussi au téléphérique que j’ai acheté un stamp rally Hatsune Miku. C’est une technique de promotion du tourisme typiquement japonaise : vous avez votre petit livre avec des infos sur les spots touristiques locaux et vous devez tamponner dans différents lieux ou événements. Compléter le rally vous offre des cadeaux ou le droit de participer à un tirage au sort. Ici, vous pouviez recevoir des cartes postales de Miku qui prend la pose devant différents lieux célèbres (ici l’ancien hall public et la pente Hachiman-zaka qui relie le quartier historique et le port où on peut voir le Seikan Renrakusen Memorial Museum Mashumaru, un navire devenu musée). Les tampons étaient également désignés sur des symboles locaux comme les calamars, spécialité locale, et les bains de Yunokawacho, un quartier de sources chaudes (hélas trop excentrés pour mon planning initial).

Après une étude approfondie du prospectus, j’ai découvert qu’il y avait 3 points à visiter à Hakodate mais aussi 3 points à Hirosaki, une ville de la préfecture d’Aomori au sud qui fort heureusement se trouvait sur ma route. Les points à visiter à Hakodate étaient donc:

  • le téléphérique du mont Hakodate
  • la tour du Goryokaku… Ah
  • les entrepôts de brique rouge de la ville

Du coup, une fois le tampon du mont Hakodate collecté puis une bonne soirée à l’hôtel, j’ai pu remonter en première heure au Goryokaku pour récupérer le tampon loupé. Prenant des rues différentes qu’à l’aller, j’ai ainsi pu visiter au hasard le lieu où Hijikata Toshizo serait mort, une petite place avec une tombe et plusieurs panneaux d’information sur l’histoire de la ville.

Le marché aux poissons et Lucky Pierrot

Le marché d’Hakodate est un des 3 principaux marchés d’Hokkaido. Il était à côté de mon hôtel et j’ai pu y faire un saut avant d’aller Goryokaku. La visite est sympa et la principale attraction touristique est un bassin de pêche pour pêcher du calamar, la spécialité principale de Hakodate ! Mais je n’ai pas trouvé ça très folichon. En gros vous avez un grand bassin où vous faites la queue pour ‘pêcher’ un calamar (comprendre le poignarder avec l’hameçon dans le corps). Le bassin en lui-même n’avait pas l’air très propre, avec des œufs de calamar dedans et d’autres morts au fond du bassin. Pour au final que votre calamar soit préparé en sashimi directement sur place avec le petit spectacle du calamar dansant (on pose à la verticale la tête de l’animal tout juste mort pour le voir ‘danser’ avant de tomber raide)… Le tout pour pas moins de 1300y soit plus de 10 euros le sashimi de calamar. Bref, vraiment pas ouf.

De façon générale, le calamar est une des spécialités de Hakodate. Une des préparations locales est une variante un peu moins barbare du calamar dansant, le katsu ika odori-don. C’est un bol de riz avec du poisson au dessus duquel trône un calmar à la tête découpée. Vous pouvez alors mettre de la sauce soja et le sel de la sauce vient activer les terminaisons nerveuses du calamar mort, donnant l’impression que ce dernier danse sur votre plat. Il est aussi possible de déguster une glace à l’encre de calamar. J’ai hélas découvert ça après mon voyage donc ça me fait une bonne raison de revenir.

Bon j’avais raté les plats mais l’amour du calamar local est visible sur les plaques d’égout donc c’était dur à louper

Du coup, à défaut de savourer les fruits de mer locaux, j’ai jeté mon dévolu sur du bon burger (oui ça fait plus d’une semaine que je bouffe quasi que japonais, j’aime varier des fois). Hakodate possède de sa propre chaîne locale, le Lucky Pierrot.

Une mascotte qui fait passer Pennywise pour un enfant de choeur

La spécialité locale est un burger au ‘poulet chinois’ soit du poulet frit en sauce, pour seulement 800y le menu. Et honnêtement, il était vraiment bon même si peu pratique à manger (ça ne se mord pas aussi proprement qu’un steak et parfois du coup un coup de dent mal placé peut détruire la structure du burger). Par contre, pas très fan des frites avec une sauce rappelant de la béchamel.

J’ai également décidé d’affronter leur giga burger à seulement 1800y soit à peine 13€, comprenant du poulet, du katsudon (porc frit) et un steak. J’ai bien aimé jusqu’au steak qui était franchement un peu cheap au goût (et qui forcément arrive en dernier aka au pire moment).

En conclusion

Je n’ai pas parlé dans cet article de ma visite au musée Sakamoto Ryoma ni aux entrepôts de briques rouges. Sakamoto Ryoma était un samouraï pro-empereur qui a tenté de révolutionner le paix par des méthodes pacifistes et un certain sens des affaires. Malheureusement, son musée est entièrement en japonais, ce qui ne le rendait pas spécialement accessible. Il y avait aussi une statue du personnage qui avait été déplacée d’en face du musée vers un parc proche et que je suis allé voir.

Les entrepôts de briques rouges quant à eux n’étaient que des galeries marchandes. Ironiquement, j’ai pu y récupérer un autre stamp rally au sein des entrepôts eux-mêmes qui m’a offert une petite pièce porte-bonheur. Une récompense qui devra remplacer les cartes postales du stamp rally Hatsune Miku puisqu’elles étaient en rupture de stock.

En dehors de ça, j’ai beaucoup aimé ce passage à Hakodate. Je pense que le Goryokaku et le mont Hakodate valent la visite et j’ai même été surpris de voir que les hôtels ne coutaient vraiment pas cher là-bas (la nuit à 26€ avec vue sur le square de la gare, juste glorieux). A ce stade, je pense qu’un retour à Hokkaido à une saison plus propice aux randonnées s’impose pour faire celle du mont Hakodate (et toutes celles ratées avant).

La vue était clairement pas dégueu le soir pour un hôtel aussi peu cher

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