Tsurui-Ito et le grand marais de Kushiro

Le projet de la journée était simple : visiter le sanctuaire de Tsurui-Ito, connu pour ses tancho, les grues japonaises. L’exécution a été plus… Complexe dira-t­-on.

  1. Tsurui-Ito
  2. Le grand marais de Kushiro
  3. En conclusion

Tsurui-Ito

Quand j’ai entendu parler du sanctuaire de Tsurui-Ito, j’imaginais évidemment un temple shinto avec en plus un point d’observation au milieu de la ville de Tsurui que j’aurais exploré dans la journée. Échec critique puisque c’est un sanctuaire au sens naturel du terme en fait et qu’en dehors de ce point d’observation pour les grues, Tsurui est juste un village de campagne tout ce qu’il y a de plus banal. Le nom Tsurui-Ito vient de Tsurui, grue quoi, et de Yoshitaka Ito (1919-2000), un homme qui a entrepris de nourrir les grues sur son terrain de ferme dans les années 60. Et c’est ce terrain de ferme qui constitue le sanctuaire. Si normalement les tancho sont des oiseaux migrateurs qui ne viennent qu’hiverner à Hokkaido, une communauté s’est ainsi installée dans le marais de Kushiro.

Quand je dis qu’il n’y a rien à voir à part les grues, c’est littéral. Le bâtiment de gauche c’est un toilette et celui de droite un abri pour le mauvais temps.

A côté du point d’observation, il y avait une petite maison où vous pouvez en apprendre plus sur les grues et les observer avec des caméras longue distance (et éventuellement acheter un souvenir hors de prix du genre un magnet de frigo à quasiment 15 euros).

J’ai pu y trouver une petite brochure particulièrement détaillée en japonais sur la biologie des grues et je vais donc vous en offrir une petite traduction condensée (parce que la brochure anglaise est moins exhaustive), agrémentée de mes meilleures photos.

Si les grues sont sauvages et habituées à l’hiver rigoureux d’Hokkaido, elles peuvent avoir du mal à se nourrir quand le marécage gèle. En effet, comme la majorité des échassiers, ce sont des prédateurs, se nourrissant de poissons, libellules, escargots ou encore de grenouilles. Elles viennent donc à Tsurui-Ito dès novembre où les gérants du sanctuaire les nourrissent au maïs. La nuit, elles vont dormir dans la rivière en contre-bas, hors de vue et à l’abri de leurs potentiels agresseurs, notamment les chiens locaux. Elles sont le plus grand oiseau japonais avec 2m40 d’envergure d’ailes et une hauteur de 1m60.

Les grues vivent en couple, qu’on peut parfois voir chanter ensemble. Elles pondent deux œufs, gros comme le poing, en mars dans un nid composé de roseaux, les incubant à tour de rôle. Une fois les petits éclos, ils vivent dans le grand marais avec leurs parents jusqu’à la fin de l’hiver suivant à partir de quoi ils doivent apprendre à se débrouiller seuls.

Un des comportements les plus célèbres est la Tsuru no mai, la danse nuptiale que les couples accomplissent en hiver. Dans la culture ainu, la grue japonaise est ainsi connue en tant que Sarorun Kamuy, le dieu dansant des zones humides. Cette danse est surtout visible vers mi février mais j’ai eu la chance d’en voir une rapidement.

Elles dorment sur une jambe car celles-ci ne sont pas couvertes de plumes isolantes, leur permettant donc d’abriter une de leurs pattes du vent glacial. C’est pour cette même raison qu’il est parfois possible de les voir voler avec les pattes repliées quand le vent souffle fort.

Le nom tancho signifie ‘sommet rouge’. Cette même tâche a malheureusement tendance à attirer les moustiques du marais et il leur arrive de plonger la tête sous l’eau juste pour se débarrasser de ces parasites.

On en compte aujourd’hui 1800 environ au Japon. Elles ont été considérées éteintes à une époque à cause de la disparition des milieux humides. Une dizaine de couples ont été redécouverts en 1924 et elles ont été désignées monument naturel en 1935 puis monument naturel spécial en 1953, entraînant par la suite la tradition de leur nourrissage hivernal.

Tout ceci étant dit, alors que j’avais prévu d’y rester de 10h à 15h d’après les horaires de bus… Il est vite devenu clair que je n’allais pas passer 5 heures à photographier des grues. J’ai donc commencé à chercher des lieux intéressants à proximité et j’ai jeté mon dévolu sur le centre des visiteurs de Onnenai, un bâtiment nature avec une randonnée dans le marais de Kushiro à côté. Attrapant quelques onigiris et une boisson au konbini près de l’arrêt de bus, je quittais le sanctuaire vers midi.

Le grand marais de Kushiro

Arrivé à Onnenai, passé le bâtiment lui-même qui n’a pas trop piqué mon intérêt, j’ai pu examiner le plan des lieux.

On a donc 3 sentiers de randonnée, quelques accès barrés à cause de travaux hivernaux… Et c’est là que je repère une petite mention… ‘3,5km jusqu’à l’observatoire du marais de Kushiro’. Il s’avère que je suis le genre d’idiot qui aime bien se torturer sur ce genre de défi. Du coup mon dévolu a été jeté sur l’observatoire, sans oublier de passer par les sentiers extérieurs de Onnenai parce que pourquoi pas à ce stade.

La blague, c’est que déjà les sentiers n’étaient pas déblayés et que j’avais les pieds dans 20cm de poudreuse. Je n’étais visiblement pas le seul à avoir eu cette idée vu que j’ai pu suivre les traces laissées par un anonyme au moins aussi débile que moi. Du coup, sur la route, ce n’était que moi et les quelques cerfs sika dont je voyais les traces ou la présence.

Pour ne rien arranger, alors que j’approchais de l’observatoire, j’ai pu découvrir que celui-ci avait aussi ses propres sentiers de marche… Et que le sentier le plus direct était en fait en travaux. On peut donc ajouter une boucle de 2 kilomètres supplémentaires avec pour seule grâce le fait que la route jusqu’à l’autre chemin était dégagée de sa poudreuse vu que des véhicules venaient faire les travaux (c’est d’ailleurs là qu’a été prise la dernière photo des cerfs visible au dessus).

En vert le sentier que j’ai suivi et en rouge la petite portion fermée surprise qui m’a pris par surprise

Bon par contre, l’autre côté est devenu nettement plus sportif. On retrouve les 20cm de poudreuse sur un ponton de bois mais cette fois avec des escaliers de bois dissimulés sous le manteau neigeux, certains effondrés sous le poids de la poudreuse. Tout ceci ne m’a pas découragé ni visiblement mon ami anonyme et j’ai donc poussé comme lui. Quelque part voir ses traces montrait que c’était possible, c’était faisable… Même je me demandais cela dit à un moment si je n’allais pas finir par trouver un cadavre dans les montagnes…

C’est à peu près à ce moment-là que j’ai pu voir pour la première fois un panneau de signalement d’ours. Bon daté de 2021 mais ça refroidit un peu (jeu de mot volontaire). A ce stade, c’était trop tard pour faire demi-tour mais j’ai quand même revérifié les numéros d’urgence et pris des repères géographiques. Pour ne rien arranger, je voyais aussi lentement l’heure tourner et il me restait 40 minutes pour atteindre l’arrêt de bus.

-chuckles- I’m in danger

Toutes ces souffrances valaient le coup finalement puisqu’après une bonne ‘accélération’ (autant que possible vu la tronche du terrain quoi), j’ai pu atteindre la plateforme satellite du parc naturel, m’offrant une vue magnifique sur l’intégralité du marais.

Et en prime, le reste du sentier entre la plateforme et l’observatoire était dégagé, me permettant d’avaler le dernier kilomètre pour enfin atteindre l’observatoire avec 20 minutes d’avance. J’en ai profité pour payer 480y pour faire une visite rapide en dix minutes. A l’intérieur il y avait une petite exposition sur le marais et surtout une vue sur le marais et Kushiro. Rien de bien exceptionnel mais bon, c’aurait été bête de ne pas le faire rendu là.

Parenthèse geek parce que pourquoi pas à ce stade mais saviez-vous que les régions des jeux Pokémon sont basées sur des vraies zones géographiques? Les quatre premières générations sont ainsi basées sur les 4 grandes îles japonaises. Et je me suis rappelé d’un grand marais en quatrième génération dans la région de Sinnoh. Et effectivement Sinnoh est basée sur Hokkaido et son grand marais… Bah sur le grand marais de Kushiro.

En conclusion

J’ai beaucoup aimé cette expérience dans l’ensemble mais j’y apporterais quelques changements si je devais le refaire. Concernant l’observation des grues, il faut savoir qu’il existe plusieurs points d’observation dans la région. Outre Tsurui-Ito, un des arrêts de bus passés était Tsurumidai. Et vu depuis le bus, ce point aurait sûrement été meilleur, les grues étant plus proches du point d’observation et plus nombreuses. J’avais aussi pu lire que le pont Otowa proche est très populaire pour prendre des photos des grues dans la rivière.

Une autre option intéressante est le Akan International Crane Center, un musée dédié à la grue mais situé sur la route du lac Akan. Les grues y sont aussi nourries en hiver et le reste de l’année, de jeunes grues y grandissent.

Pour le grand marais, j’imagine que la randonnée doit être nettement moins sportive et super cool en tout autre saison. Il semblerait aussi que ce soit une option intéressante pour observer les grues dans ces périodes puisqu’elles y vivent à l’état sauvage.

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