Sunbreak of the Yokai?

Petit article bonus. En effet, le seul retour annoncé à la sortie de cet article, le Ceanataur Shogun, semble conserver l’idée de reprendre des yokai pour certains monstres. Je vais donc théoriser des retours de certains monstres ici vis-à-vis de leurs connexions au folklore japonais (ce sera toujours des connexions plus fortes que pour le Nargacuga ou le Rathalos après tout). Ce ne sont pas mes préférences, ni des souhaits ou des garanties, purement de la théorie évidemment.

Le Ceanataur Shogun et le heikegani

Vers les années 1000, deux clans japonais se sont souvent affrontés, les Minamoto et les Taira, aussi appelés Genji et Heike (évoqué d’ailleurs dans l’article Magnamalo avec Taira no Masakado en 940). Ces luttes pour le pouvoir impérial donnèrent naissance à la guerre de Genpei entre 1180 et 1185, une guerre qui se termina lors de la bataille maritime de Dan no Ura. Le clan Taira avait alors dans ses rangs le pouvoir impérial en la personne de l’empereur Antoku, monté sur le trône en 1180 à l’âge de 2 ans et donc à peine âgé de 7 ans lors de la bataille.

Un des moments célèbres de la bataille, illustré sur cette peinture de Utagawa Yoshizaku en 1850, est le Hassou Tobi de Minamoto no Yoshitsune, où le samouraï, entraîné par les tengu, aurait sauté à huit bateaux de distance pour fuir un général ennemi.

Voyant la bataille tourner en leur défaveur, les Taira prirent une décision assez drastique pour éviter que les Minamoto ne fassent l’empereur prisonnier… Sa grand-mère Taira no Tokiko le prit dans ses bras et se jeta à la mer avec pour se noyer ensemble. La légende veut qu’une grande partie des guerriers Taira les suivit dans les flots, entraînant la victoire des Genji et l’établissement du tout premier shogunat par Minamoto no Yorimoto (le pouvoir passant d’un empereur à des guerriers pour les 7 siècles à venir). Les corps des Taira coulèrent au fond de l’océan où ils furent mangés par des crabes (comme à peu près tout ce qui tombe au fond des mers). Et le ressentiment des guerriers du clan Heike encore empreints dans leur chair vint marquer les carapaces de ces crabes, leur faisant arborer un visage humain (pas comme à peu près tout ce qui tombe au fond de la mer) et une certaine haine contre ces derniers.

Estampe par Utagawa Kuniyoshi (vers 1850)

Bon en pratique, tant mieux pour les crabes puisque passé la version yokai des légendes, le heikegani (平家蟹) est une vraie espèce japonaise qui affiche bien un semblant de visage humain sur sa carapace. La superstition restant forte, ils ne sont pas consommés, à défaut d’être comestibles, par respect pour les guerriers du clan Taira. Ils ont donc profité d’une sélection artificielle (la sélection naturelle mais par la main de l’homme) un peu involontaire et prospèrent désormais dans les eaux japonaises).

Le design du Ceanataur est assez parlant pour les références, avec des carapaces affichant en général des visages de monstres (en même temps ce sont des crânes), mais aussi ses pinces en forme de lames, rappelant les armes des samouraï.

Artwork par LUXE sur pixiv

Le Kirin et le Kirin

Non il n’y a pas d’erreur, le Kirin est un yokai de base. Originaire de Chine où il était un dragon quadrupède nommé Qilin (麒麟), il s’est exporté au Japon en tant que Kirin. Il était alors plutôt représenté comme un cerf avec une peau écaillée et une queue de bœuf. Le Kirin n’a pas de couleur attribuée mais il est caractérisé par une corne unique au Japon et une crinière fournie. C’est un animal divin et par conséquent, sous l’influence bouddhiste, il serait dépeint comme doux et terriblement pacifiste, au point de marcher si doucement qu’il n’écrase pas l’herbe quand il marche dessus. Il ne se nourrit pas non plus de viande, conformément à la doctrine bouddhiste. Par contre si vous venez à l’agresser, il ne manquera pas de se défendre avec des pouvoirs magiques variés.

Peinture par Kano Tan’yu en 1666

Il semblerait que le Kirin japonais ait été fortement basé sur les girafes, le mot Kirin pouvant d’ailleurs se traduire ainsi. Ce sont des animaux assez rares dans les parages évidemment et avec une apparence plutôt originale, d’où le côté mythique. Leur tête haute leur permet d’être plus proche du divin, avec des ossicônes rappelant les cornes du Kirin. Ajoutez le pattern écaillé de leur fourrure et des pattes longues et fines qui semblent donner une certaine légèreté à leur pas et vous avez un Kirin en chair et en os.

Animal divin, rien que ça

Le Kirin de Monster Hunter coche de nombreuses cases du modèle japonais. Outre son apparence de licorne (un équidé avec une corne, ce qui d’ailleurs pourrait rejoindre le thème du fantastique européen de Sunbreak), il est herbivore et plutôt calme tant que vous ne l’agressez pas, auquel cas il riposte avec ses pouvoirs foudroyants. Et si World a choisi de prendre un aspect plus réaliste, en lui faisant laisser des empreintes et en lui faisant manger de l’herbe, le Kirin des anciens jeux était appelé la bête fantôme, ne laissant aucune trace quand il marche et ne mangeant rien.

Le Nakarkos et le gashadokuro

Si un grand nombre de personnes viennent à mourir au même endroit sans recevoir les rites funéraires, comme sur un champ de bataille ou suite à une famine dans un village isolé, leurs cadavres et leurs ressentiments peuvent s’accumuler et fusionner, donnant naissance au redoutable gashadokuro. Gigantesque squelette dépourvu de jambes, le gashadokuro est un des yokai les plus puissants, leur taille colossale les rendant impossible à affronter. La seule solution reste de laisser leur énergie maléfique s’épuiser. Un des mythes les plus célèbres liés à ce yokai est la vengeance de la fille de Taira no Masakado (son histoire étant expliqué dans l’article sur le Magnamalo), Takiyasha. Après la bataille qui vit la défaite de son père, elle aurait utilisé les cadavres des guerriers morts pour invoquer un gashadokuro contre Kyoto, la capitale.

Estampe par Utagawa Kuniyoshi en 1844

Le Nakarkos est un Dragon Ancien géant à l’apparence de seiche régnant sur un charnier géant avec une grande quantité d’ossements. Ses deux tentacules et son corps principal se traînant dans le sol pourraient aisément référencer les bras et le corps du gashadokuro sans jambes. Et comme le Kirin qui fait combo Kirin + licorne, il pourrait aussi servir à référencer tout simplement les squelettes, autre créature de l’imaginaire européen, les hydres également grâce à ses têtes multiples mais aussi potentiellement les ouvrages de Lovecraft.

Auteur du siècle dernier, Lovecraft conte les rencontres entre des gens et des créatures venues d’autres mondes les conduisant à la folie, reprenant souvent des motifs marins dans leurs designs. Sa création la plus célèbre, Cthulhu est ainsi un être humanoïde avec des ailes de dragon et une tête de pieuvre, le Nakarkos pouvant aussi référencer les céphalopodes. En parlant de céphalopodes, on a aussi le mythe du kraken par chez nous remarque…

Artwork officiel

Parenthèse : pourquoi pas le Radobaan ?

Outre l’aspect Lovecraft, l’idée des hydres, du kraken et la structure du corps du Nakarkos rappelant le yokai, le Nakarkos est un combat en ‘arène’. C’est une seule zone simple à implémenter, là où le Radobaan a besoin de tout un environnement avec plusieurs zones, riche en os pour qu’il puisse se couvrir avec ses roulades. Et c’est sans compter sur le design général des zones de Rise, plus plates. Un des éléments importants du combat du Radobaan et de l’Uragaan, ce sont leurs allers-retours profitant des pentes du terrain.

Le Deviljho et le gaki

Dans la tradition bouddhiste, vous êtes réincarné après votre mort. Et c’est plus technique que l’idée reçue que vous redevenez un animal ou une plante. En effet, il existe différents plans de réalité, l’un d’entre eux étant le Gakido. Et si vous vous y réincarnez, c’est que vous n’avez pas été très sage. En effet, c’est une étendue de territoires inhospitaliers et désertiques qui vous attend. Vous-même deviendrez un gaki (餓鬼), un yokai misérable vaguement humain avec un gros ventre et une gorge atrophiée. Vous serez alors condamné à une faim éternelle et insatiable. Selon les versions, tout ce que vous ingérez brûle en vous instantanément, se changeant en cendre, ou vous pouvez quand même manger… Mais des cadavres, des excréments, du vomi, toutes ces choses sympas. Bref vous ne voulez pas finir au Gakido donc soyez sages.

A noter que dans les folklores plus occidentaux, les Amérindiens ont un démon similaire, le wendigo. Si vous consommiez de la chair humaine, un ultime recours qui pouvait survenir pendant l’hiver pour les Indiens ou les trappeurs, vous risquiez alors de devenir ce monstre, un humanoïde mince avec des longues griffes et des cornes de cerf constamment affamé. C’est une créature qui revient souvent dans les fictions américaines, comme le roman Simetierre de Stephen King, le jeu vidéo Until Dawn ou encore récemment le film Affamés.

Il existe même dans le jeu de rôle officiel The Witcher!

Alors si le Deviljho ne partage aucun des traits physiques du gaki ou du wendigo, je pense que niveau incarnation d’un démon de la famine, on fera difficilement mieux qu’un T-rex qui est constamment à la recherche d’une nouvelle proie.

Le Gigginox et la futakuchi onna

La futakuchi onna (二口女), la femme à deux bouches, est une forme de yokai humanoïde qui apparaît dans de nombreux contes liés à la faim et l’avarice. Dans un de ces contes, un grippe-sou vivait seul, refusant de payer pour soutenir une famille. Jusqu’au jour où il rencontra une belle femme qui ne mangeait quasiment rien et en plus travaillait bien aux champs. Il l’épousa évidemment sans plus tarder mais plus les mois passaient et plus ses stocks de riz diminuaient, malgré le faible appétit de sa femme. Il fit mine de se coucher un soir, espionnant cette dernière quand il la vit quitter leur lit. Elle alla dans leur grenier et défit ses cheveux, dévoilant une grande bouche cachée derrière son crâne qui mangeait nettement plus qu’un humain normal en utilisant ses cheveux comme des tentacules. Inutile de préciser qu’il a divorcé assez rapidement derrière.

Dessin par Takehara Shunsensai dans son Ehon Hyaku Monogatari en 1841

Dans un autre récit, une belle-mère avare ne donnait à manger qu’à sa fille, négligeant sa belle-fille. Logiquement, la belle-fille finit par mourir de faim. Mais alors que la belle-mère pensait avoir une bouche en moins à nourrir, elle commença à avoir une vive douleur à l’arrière du crâne, celui-ci se fendant jusqu’à ce qu’une seconde bouche y apparaisse. La bouche commença alors à supplier qu’on la nourrisse avec la voix de la belle-fille morte et a déclencher des maux de tête à la belle-mère, douleurs qui ne pouvaient être apaisées qu’une fois la bouche nourrie. Celle-ci fut condamnée à devoir nourrir les deux bouches jusqu’à sa mort, sans quoi elle souffrirait de violentes migraines.

Artwork par YukoArt

Pour en revenir à MH, le Gigginox est un monstre capable de pondre des œufs, un comportement plutôt associé avec le sexe féminin (bien qu’il soit hermaphrodite) et il exhibe une fausse tête à l’arrière de son corps assez proche de la vraie avec même des dents à l’intérieur. Ses larves, les Giggi, sont aussi particulièrement voraces, cherchant à régulièrement drainer le sang du chasseur. Ce comportement est d’ailleurs partagé avec les Zamites, les petits du Zamtrios qui existent déjà dans Rise.

Un monstre géant et le daidarabocchi

Le daidarabocchi (ダイダラボッチ) est un géant qui a forgé le paysage japonais. Ses simples pas créaient des lacs et sa trajectoire forgeait les vallées. Il aurait même soulevé des montagnes et créé le mont Fuji. Inutile de préciser qu’il s’agit du plus grand yokai ayant jamais existé, représenté en général comme un géant à la peau noire.

Dessin par Katsukawa Shun’ei dans son Kaidan hyakki zue en 1798

Alors là c’est la loterie vu qu’on ne manque pas vraiment de monstres gigantesques qui pourraient incarner le daidarabocchi (ou en fait tout simplement le concept occidental de géant). Les meilleurs candidats pour moi restent le Lao Shan Lung (il est littéralement surnommé montagne mobile), le Jhen ou le Dah’ren Morran (le design) ou encore l’Akantor (les couleurs et la capacité à creuser).

Lao is BEEG

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